5 clefs pour enfin oser

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Oser : le mot qu'on croit comprendre et qu'on n'a jamais vraiment défini

Récemment interviewée sur le thème de l’audace au féminin, j’ai eu envie de revenir sur cet échange.  ¨Parce que le sujet me tient à cœur, et parce qu’il mérite qu’on le creuse au-delà des formules toutes faites. Voici ma réaction, sans filtre.

Je suis Célia Maury, coach, thérapeute et accompagnante basée à Berlin. Depuis plus de 10 ans, j’accompagne des entrepreneurs, des fondateurs de startups et des indépendants qui veulent avancer, sur leur business et sur eux-mêmes.

"Oser" - on croit tous savoir ce que ça veut dire

C’est l’un des mots les plus utilisés dans le monde du développement personnel et de l’entrepreneuriat. Ose te lancer. Ose être toi-même. Ose demander. Et pourtant, si je vous demande de définir précisément ce qu’est l’audace, vous allez probablement chercher vos mots.

Voilà ce que j’en pense, après des années à travailler comme coach et thérapeute auprès d’entrepreneurs : oser, c’est ce qui fait le lien entre croire et créer.

Vous avez une idée. Vous y croyez, même timidement. Et de l’autre côté, il y a ce que vous pourriez créer ; une entreprise, un projet, une nouvelle vie professionnelle. Entre les deux ? Un espace. Cet espace, c’est l’audace. Sans elle, l’idée reste une idée. Avec elle, elle devient quelque chose de réel.

C’est la mise en mouvement. Pas plus, pas moins. Mais c’est déjà énorme.

Audace vs courage : une distinction qui change tout

On confond souvent les deux. Et cette confusion n’est pas neutre, elle nous fait croire qu’oser, c’est une réaction héroïque à une situation extrême. Ce n’est pas ça.

Le courage, c’est : « Je suis au bord d’une falaise, je n’ai pas le choix, je dois sauter. » C’est une réponse à une contrainte extérieure. Quelque chose arrive, et vous faites face.

L’audace, c’est autre chose. C’est : « Je suis en bas des falaises, et je vais chercher depuis laquelle je veux sauter. » Personne ne vous y oblige. Aucune urgence ne vous pousse. Vous choisissez délibérément d’aller vers ce qui vous fait peur, parce que vous décidez que ça vaut le coup.

C’est de la proactivité pure. Et c’est pour ça que l’audace est, à mon sens, bien plus exigeante que le courage. Elle demande de se lever un matin et de décider d’aller chercher le saut. Sans filet. Sans contrainte. Juste parce qu’on a choisi de ne plus attendre.

La plus grande idée reçue sur l'audace

« Les gens qui osent, ce sont ceux qui n’ont pas peur. »

Faux. Profondément faux.

Les gens qui osent ont exactement autant peur que les autres. Parfois plus. La différence, c’est qu’ils y vont quand même. Ils ont appris, (souvent au prix d’un vrai travail thérapeutique et d’un accompagnement de fond), à ne pas laisser la peur décider à leur place.

Et si on retourne la question : pourquoi, alors, n’ose-t-on pas ? Pourquoi reste-t-on bloqué malgré l’envie, malgré l’idée, malgré la conviction que ce projet a du sens ?

La réponse se trouve dans la première partie de l’équation ; le croire. Plus précisément : dans tout ce qui vient le parasiter.

Ce qui empêche d'oser : le travail invisible des croyances limitantes

Des peurs se forment dès l’enfance. Des mensonges aussi ; sur ce qu’on mérite, sur ce qu’on est capable de faire, sur ce que le monde nous réserve. Avec le temps, ces peurs et ces mensonges se solidifient. Ils deviennent des croyances. Et ces croyances, on les tient pour vraies sans même les questionner.

Ce sont elles qui font qu’on se met, souvent sans s’en rendre compte, des bâtons dans les roues. C’est précisément ce que j’explore avec mes clients dans mon travail de coach et de thérapeute : identifier ces croyances limitantes, comprendre d’où elles viennent, et les désamorcer.

Le syndrome de l’imposteur et ses multiples visages

C’est le blocage le plus répandu chez les entrepreneurs que j’accompagne, et particulièrement chez les femmes. Mais attention : il ne ressemble pas toujours à ce qu’on imagine. Il prend des formes très différentes selon les personnes.

Il y a l’experte ; celle qui pense qu’elle doit encore se former, encore valider une certification, encore accumuler de l’expérience avant d’être vraiment légitime. Elle reporte. Indéfiniment.

Il y a la superwoman ; celle qui veut tout gérer seule, tout maîtriser, sans jamais demander d’aide. Déléguer lui semble impossible, presque dangereux.

Il y a la soliste ; convaincue qu’elle doit tout faire toute seule, que dépendre de quelqu’un serait une faiblesse.

Et il y a le génie naturel ; celui ou celle qui a toujours réussi facilement, et qui, face à une première difficulté, conclut immédiatement : « Si je n’y arrive pas du premier coup, c’est que je n’en suis pas capable. » L’échec devient une preuve définitive d’incapacité.

Chacun de ces profils a sa propre façon de ne pas oser. Et chacun mérite un regard différent. C’est tout le sens d’un accompagnement individualisé, qu’il soit coaching, thérapeutique, ou les deux.

L’autosabotage ; le blocage qu’on ne voit pas

Plus difficile à identifier, l’autosabotage est pourtant extrêmement fréquent. Il vient d’une croyance inconsciente, souvent liée à la sécurité affective ou financière, qui fait qu’une personne va, sans s’en rendre compte, travailler contre ses propres intérêts.

Un exemple concret : quelqu’un qui s’est construit, au fil de ses expériences, la conviction qu’il n’a pas droit à l’argent. Si cet argent arrive un jour, il y a de fortes chances qu’il le gère mal, inconsciemment, pour confirmer ce qu’il croit vrai de lui-même.

L’autosabotage n’est pas de la mauvaise volonté. C’est la mécanique d’un mental qui cherche à avoir raison sur lui-même. Le travail thérapeutique permet justement de remonter à la source de ces schémas et de les dénouer durablement.

Le poids de la société

Je ne peux pas parler des blocages qui empêchent les femmes d’oser sans nommer ce qui se passe à l’extérieur aussi. Les inégalités salariales, le sexisme ordinaire, la charge mentale invisible ; tout ça envoie un message clair et répété : tu as moins de crédibilité. Et ce message finit par s’installer. Par semer le doute. Par alimenter la prophétie autoréalisatrice.

Oser, quand on est une femme, c’est souvent nager à contre-courant de messages qu’on a reçus toute sa vie. Ce n’est pas une raison de ne pas le faire. C’est une raison de comprendre pourquoi c’est parfois plus difficile, et d’arrêter de se juger pour ça.

Comment on travaille sur l'audace, concrètement

Regarder le pire en face

C’est un exercice que j’utilise régulièrement dans mon accompagnement (que ce soit en coaching ou dans le cadre d’un travail plus thérapeutique) et qui surprend toujours par sa puissance. Écrivez ce que vous voulez vraiment faire. Puis imaginez le pire scénario possible (vraiment, sans édulcorer). Qu’est-ce qui pourrait arriver de pire si vous osiez ?

Deux choses se passent systématiquement : d’abord, on réalise que le gouffre imaginé est souvent bien moins profond que ce qu’on craignait. Ensuite, on peut commencer à réfléchir à des solutions  (si ça arrivait vraiment, qu’est-ce que je pourrais mettre en place ?)

Quand je me suis lancée, j’avais identifié la traduction comme activité de repli possible. Ça peut sembler banal, mais ça m’a permis d’avancer sans cette angoisse sourde du « et si je me plante financièrement ? » Le filet de sécurité n’avait pas à être parfait. Il devait juste exister.

Mesurer le coût de ne pas oser

C’est la question qu’on ne pose presque jamais : qu’est-ce que ça me coûte de ne pas y aller ?

Pas en termes abstraits, concrètement. Financièrement. Émotionnellement. En énergie, en santé, en regrets accumulés. Parfois, quand on pose vraiment cette question, la réponse est plus effrayante que le saut lui-même.

Du rêve à l’objectif, sans sauter les étapes

Un rêve, ça ne se réalise pas. Un objectif, si. La nuance est là.

« Je veux créer mon entreprise », c’est un rêve. « D’ici 6 mois, j’ai immatriculé ma structure, défini mon offre et signé deux premiers clients », c’est un objectif.

Et un objectif se découpe. En actions. En dates. Notre cerveau a besoin de victoires intermédiaires pour rester en mouvement, pas d’un sommet lointain qu’il ne peut même pas visualiser. C’est aussi ce que dit la loi de Parkinson : plus on a de temps, plus on en prend. Une deadline crée une pression utile. Elle rend réel ce qui restait flottant.

S’entourer de gens qui ont déjà sauté

On est la moyenne des cinq personnes qu’on côtoie le plus. Je l’ai vérifié dans ma propre vie avant de le répéter à mes clients.

S’entourer de personnes qui ont osé, pas pour les copier, mais pour ancrer dans le réel que c’est possible, change quelque chose en profondeur. Ça déplace le curseur de ce qui semble accessible.

Et au-delà du réseau « métier », il y a quelque chose de précieux dans la simple solidarité entre entrepreneurs. La solitude du lancement est réelle. Les doutes aussi. Les partager, c’est déjà les alléger.

Ce que j'ai appris sur l'audace, en définitive

Oser ne se décrète pas. Ça ne s’apprend pas en lisant une liste de conseils (y compris celle-ci). Ça se travaille, en profondeur, souvent avec du soutien, toujours avec une honnêteté vis-à-vis de soi-même qu’on n’est pas toujours prêt à avoir seul.

C’est pour ça que mon approche combine le coaching, concret, orienté action et résultats, avec un travail thérapeutique sur les schémas profonds qui freinent l’élan. L’un sans l’autre est insuffisant : la stratégie sans l’introspection reste cosmétique, et l’introspection sans la stratégie reste contemplative. C’est leur alliance qui est transformatrice.

Ce qui me frappe encore aujourd’hui dans mon travail : les personnes les plus bloquées ne manquent pas de talent, pas d’intelligence, pas d’idées. Elles manquent d’un espace où démêler ce qui leur appartient vraiment, leurs vraies peurs, leurs vraies forces, de ce qu’elles ont simplement intégré au fil du temps, sans le choisir.

C’est exactement là que je travaille. Pas à motiver avec des slogans. Pas à pousser coûte que coûte. Mais à aider chaque entrepreneur à voir clairement depuis quelle falaise il a envie de sauter, et à trouver en lui ce qu’il lui faut pour le faire.

Retrouvez mon interview avec Elodie de Bonjour Berlin ici.

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